FLORE LAURENTIENNE EN DUO AVEC MÈRE NATURE

Par GABRIELLE IZAGUIRRÉ-FALARDEAU

Au cours des dernières années, Mathieu David Gagnon s’est fait remarquer sur la scène musicale québécoise grâce à ses nombreuses collaborations sur les projets d’autres artistes, que ce soit en tant qu’arrangeur, réalisateur, directeur musical et orchestrateur aux côtés de Klô Pelgag, ou encore comme claviériste pour Les Hôtesses d’Hilaire. Hier soir, cependant, pour la dernière journée du FME, c’est avec son propre projet, Flore Laurentienne, qu’il venait se présenter au public. Ce projet entièrement instrumental est pour lui l’occasion de mettre de l’avant ses compositions et de faire découvrir son esthétique musicale à la fois classique et contemporaine : « C’est vraiment un projet qui me ressemble beaucoup. J’aime beaucoup les synthétiseurs, il n’y a pratiquement pas de piano sur l’album. Je trouve que c’est intéressant, justement, d’aller peut-être dans une autre direction, une musique plus orchestrale qui serait un mélange de techniques d’écriture classique, mais aussi de synthétiseurs, qui sont des sons auxquels nous sommes habitués », explique-t-il. 

À travers Flore Laurentienne, Mathieu David Gagnon souhaite effacer l’humain pour laisser entièrement place à la musique. Si ses pièces peuvent apparaître très cinématographiques, faisant naître à l’esprit de l’auditeur de nombreuses images, voire un récit, le compositeur affirme qu’elles traduisent davantage un état d’esprit, une pensée. Il tient cependant à ce que chaque personne puisse vivre son expérience propre, sans suivre de balises trop évidentes : « Les titres de l’album sont plus ou moins évocateurs, je pense qu’on peut vraiment le penser comme on veut et c’est ça que je veux, que les gens fassent leur propre voyage, de ne pas leur imposer un trajet », précise-t-il.

Hier soir, au Centre de plein air du Lac Flavrian, pour sa première présence au FME, Mathieu attendait le public avec un quatuor à cordes et deux autres musiciens aux synthétiseurs et aux percussions. Le tableau était prometteur et il n’a pas déçu. Si l’averse est tombée peu après la première pièce pour ne jamais s’arrêter par la suite, au lieu de décourager le public, elle a plutôt créé une ambiance des plus particulières. L’horizon s’est rapidement rempli d’imperméables, de parapluies et de gens bien collés, lorsque c’était possible, pour se réchauffer, mais jamais on n’a senti une diminution de l’attention ou de l’intérêt des auditeurs envers cette musique profonde, aux envolées parfois grandioses, parfois dissonantes, mais toujours riches d’images et d’émotions. 

Au fil du spectacle, la température est devenue un personnage à part entière, la pluie teintant les pièces d’une mélancolie et d’une intensité uniques, semblant parfois même s’accorder à la musique. Ce moment pendant la pièce Fugue où l’averse a redoublé d’intensité en même temps que la musique avait quelque chose de surréel. 

Chez les musiciens, qui ont su faire fi du froid et de l’humidité avec brio tout au long du spectacle, on sentait une réelle complicité et un bonheur sincère d’être de retour sur scène. Le public a eu droit à l’intégralité de l’album Volume 1, avec quelques variantes qui semblaient parfois spontanées, parfois bien calculées, comme ce moment mémorable où on a laissé place exclusivement au quatuor à cordes le temps d’une pièce. 

La pluie a cessé et le soleil est revenu pour la dernière pièce. Quand les dernières notes ont résonné, le public s’est levé pour applaudir longtemps et avec un enthousiasme bien senti, et sur le chemin contrôlé vers le stationnement, à travers les masques de plusieurs, on entendait fredonner les premières notes de Fleuve no 1 qui allaient nous rester en tête pour quelques heures encore. 

Crédit photo : Gabrielle Falardeau

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Grandeur et intimité : incursion dans l’univers d’Astéria au Jardin VR du FME

Par Maude Labrecque-Denis

Maude Labrecque-Denis de la communauté Avantage numérique, avec la participation de Camille Barbotteau, Mavric Floquet, Hélène Théberge et Dominic Lafontaine

J’avance dans un long corridor en bois. Des sillons de lumière pénètrent la structure et tapissent mon chemin. Les planches entonnent en choeur un doux grincement; je les devine bercées par une force ambiante un peu mystique, sans doute le vent. À droite, des fissures entre les planches laissent entrevoir une vaste étendue d’un bleu éclatant. Eau et ciel se confondent dans une absence d’horizon qui annihile mes repères. Cette immensité m’absorbe. Je voudrais tendre la main pour la saisir, mais je n’ai pas de corps. Je suis une conscience qui flotte dans l’espace. À gauche, un total enfermement. Un mur rigide, sombre… serait-il infranchissable? Je veux découvrir ce qui se cache derrière. «There is a crack in everything », disait Léonard Cohen. Et je compte bien la trouver.

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Ainsi débute le voyage virtuel Astéria présenté en primeur au Jardin VR du FME du 3 au 5 septembre. Les studios montréalais Noisy Head Studio, La Fougue et La maison fauve proposent une expérience de réalité virtuelle hybride inspirée des univers musicaux de quatre artistes bien différents : la pianiste néo-classique Alexandra Stréliski, l’auteur-compositeur-interprète Vincent Vallières, l’artiste jazz’n’soulDominique Fils-Aimé et le rappeur Loud. Alors que le projet complet sera lancé au mois de novembre, les festivaliers du FME ont droit à un aperçu inédit composé de deux premiers tableaux qui font bel et bien voyager.

Vivre le piano avec Alexandra Stréliski

La musique d’Alexandra Stréliski est faite d’images qui se déploient dans une sonorité classique aux accents résolument modernes; elle nous enrobe et nous transporte aux confins d’espaces à la fois intérieurs et grandioses, nous portant à poser un regard élargi sur ce qui nous entoure, et profond sur nous-même. 

L’adaptation de cet univers au médium VR semblait ainsi, dès le départ, vouée à fonctionner. Et la proposition artistique de ce tableau d’Astéria ne déçoit pas. Les environnements magistraux en mettent plein la vue, si bien qu’il est impossible de les saisir entièrement à la première écoute. Lumières, perspectives, particules, textures, couleurs… les éléments s’imbriquent dans un monde qui impressionne par sa richesse, sa finition et sa profondeur. Le parcours nous mène au coeur même du piano, nous permettant de ressentir la puissance de cet instrument et d’en apprécier la chaleur mécanique, nous plaçant en état de symbiose avec lui. L’expérience réussit ainsi à transmettre ce lien vibrant entre le pianiste et son colossal instrument dans une adaptation tridimensionnelle de la musique qui utilise la technologie VR au service du propos artistique.

Vincent Vallières, dans le blanc des yeux

L’adaptation de l’univers de Vincent Vallières semblait à priori moins évidente. Pour cet artiste chez qui les mots résonnent comme un écho à l’âme, il fallait développer une formule intimiste qui perce la froideur de la virtualité. On se retrouve donc assis dans les premières rangées d’un magnifique théâtre, côte-à-côte avec Vincent (j’ai été assez proche de lui pour l’appeler par son prénom) qui nous parle dans le blanc des yeux de la création de sa dernière chanson. Tout au long de l’expérience, nous sommes le centre de l’attention. Les personnages nous regardent, l’action se déroule autour de nous, pour nous. C’est à la fois impressionnant et déstabilisant puisque ça tranche avec la position traditionnelle du spectateur, qui est d’ordinaire perdu dans une foule. En changeant cette perspective, Astéria propose une expérience de spectacle étonnamment personnelle et renouvelée, pleinement servie par le médium VR.

Tendre l’oreille pour aller plus loin

Dans l’expérience d’Alexandra Stréliski comme dans celle de Vincent Vallières, le son à 360 degrés (c’est-à-dire qu’il suit la position de la tête) devient un puissant moteur narratif qui raconte l’environnement par sa direction et sa texture. Il guide ainsi notre attention en suggérant des actions et des profondeurs parfois invisibles à l’oeil. Ce travail sonore est d’ailleurs une grande force d’immersion dans le projet et contribue à la qualification de cette expérience de « voyage » virtuel. 

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Bien qu’il présente un seul projet cette année, le Jardin VR du FME vaut pleinement le détour. D’une grande qualité technique, les expériences présentées sont accessibles et conviennent à un public de tous âges, en plus d’être une bonne occasion pour les personnes moins initiées de prendre contact avec le monde de la réalité virtuelle. On attend avec impatience la sortie complète d’Astéria en novembre, mais en attendant on profite des extraits offerts jusqu’à samedi 22h au 218 avenue Murdoch, à Rouyn-Noranda.

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat entre La bouche croche – le blogue du FME, L’Indice bohémien – le journal culturel de l’Abitibi-Témiscamingue et la communauté Avantage numérique

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