Tous les articles par Abitibi/Montréal

Thématique

Je fais partie d’un regroupement qui a pour objectif de faire remonter la polka cet ordre mondial de la musique moderne cette danse déchéance rythmée qui frappe sur le top de son cercueil afin de sortir des six pieds et prendre sa place sur la page d’accueil des sites de streaming un million d’écoutes sur Internet contre une pinte de Budweiser je peux te parler de ce spectacle en ‘67 tu n’y étais pas tu n’étais pas née je pense que tu n’étais pas née je m’effondre à la simple idée que tu ne pourras jamais vivre le feeling de ce spectacle ils ont fait deux rappels un grand moment pour la polka à l’échelle internationale la République tchèque a vibrée de l’intérieur comme une jeune fille dont j’ai oublié le nom c’était en ‘67. Quand même.

Je suis une artiste pluridisciplinaire j’exerce plusieurs disciplines cette année j’ai décidé de faire vomir un arc-en-ciel de la bouche d’une truite mouchetée pêchée aux abords du lac Ontario le poisson doit être heureux d’abord et avant tout zen sinon il va régurgiter qu’uniquement la haine prisonnière de son système digestif la haine accumulée pour les pêcheurs qui ont atteint leur quota mais qui continue pour les pêcheurs qui se racontent des histoires cochonnes sur un canot qui prend l’eau à cause du poids des caisses de bière pour les pêcheurs qui ont pêchés dans le sens diabolique du terme la frustration de ne pas avoir été retenu pour la couverture de Nikolski par exemple moi j’ai vomi la semaine dernière et ce n’était pas un arc-en-ciel mais bien l’absence d’une épicerie au centre-ville le manque de financement pour les OSBL de la région et le son de l’industrie de la musique québécoise qui crash à mesure que Beyoncé se brasse le derrière sur un BPM de marteau piqueur de chantier de construction dont le mandat a été obtenu sur un terrain de golf entre deux grosses poches nommées dans la catégorie crise cardiaque dans la quarantaine avancée on peut toujours faire quelque chose moi je peux faire plusieurs choses je suis une artiste pluridisciplinaire. Au pluriel.

Je viens tout juste de frencher avec une fille que je n’ai jamais vu et que je ne reverrai jamais parce que j’ai perdu mes lunettes pendant le show hardcore au Petit Théâtre j’ai flirté avec un flou gaussien qui se clarifiait à mesure que l’axe des Z tombait dans le négatif la texture fleurit de sa blouse avait des airs de feux d’artifices je voulais tellement vivre de quoi aux Quartiers d’hiver et c’est en me privant de mes yeux que j’en ai eu plein les oreilles dans l’excitation j’ai fait mon premier stage dive alors que la foule ne voulait pas avoir la responsabilité de tenir mon être et mes avoirs je suis tombé entre deux indécis et j’ai défoncé le plancher du théâtre et une partie de la croûte terrestre par le fait même je me suis relevé entre deux plaques tectoniques j’ai entendu mon beau-père broncher pour la fissure dans le béton de son garage et j’ai démarré un kickstarter pour payer les dégâts j’ai ramassé 250 000$ pas pire pour un jeune garçon myope comme une taupe. J’ai frenché.

Je me spécialise dans la conception de systèmes automatisés brillamment désorganisés. Je stationne mon bloc de glace devant ma boîte à musique je ne suis pas une pub du Canadian Tire pour autant j’entre et j’écoute le reportage en quatre tiers sur ma seize neuf dévoilement de la programmation par un homme et une femme vêtus de noir col roulé cotton ouaté represent sans doute un band suédois glauque et funéraire spécialiste de la guitare piano et des présentations multimédias interactives je prends un step back par rapport à la télé je vais fumer mon anxiété sur le balcon je regarde à l’horizon je me sens bien je me sens zen soudainement l’air de mes poumons se mélange au bulletin de nouvelles de 19h je recule d’un pas le dos arqué et je vomis abondamment des teintes de bleu vert jaune et rouge. Les couleurs se touchent mais ne se mélangent pas.

Brillamment désorganisé.

Retouner à Montréal après avoir vécu

Ce serait facile de t’dire que j’suis scrap et fatigué. Pas très originale compte tenu des circonstances : c’était le FME et je suis dans ma jeune trentaine. T’inquiète, c’est pas un de ces textes qui va t’raconter que j’ai vomi ma poutine Morasse après avoir participé au wall of death d’une soirée métal.

Après quatre jours à balancer la vie de party, confort, surprises et moments magiques, on repart à Montréal ville fatale. Parce qu’il le faut.

Dans le char, on repasse par le parc dans lequel on souhaitait trouver la terre promise de tous les mélomanes et bons vivants de ce monde. Je peux le dire maintenant : c’était là! C’est là! C’est un secret de moins en moins bien gardé. C’est un moment que tu veux garder pour toujours comme un hypocrite. Et maintenant, c’est rayé sur ma checklist de vie ou de mort.

J’ai vécu et survécu à mon premier FME.

Dans la voiture, je r’garde le flou des arbres passer et j’me dit : “C’est fou comme j’ai eu l’impression d’être à Montréal“. L’ampleur de la chose, la présence des gens, la crowd habituelle. On dirait que j’étais à une soirée de lancement d’un artiste de BonSound et soudainement, tout le monde est tombé dans une warpzone, projetée à 600 km.

Maryse Boyce prenaient des photos. Laura Sauvage était dans la même file que moi pour aller pisser. Toutes mes amies et beaucoup de connaissances étaient là. L’industrie était là. Le photobooth faisait des .gif animés. Bref, c’est sur des airs de déjà vu que j’ai passé mes 4 plus belles journées de festival à vie. No joke.

Mais en même temps, on était pas à Montréal. Pas pantoute. J’aurais pas fait tout ce chemin pour retrouver la même chose un peu plus loin. J’ai trouvé que tout était tellement facile. Accessible. J’ai pas eu l’impression qu’on essayait de piger dans ma sacoche.  Que c’était une “business” au sens propre du terme. J’avais l’impression que quelqu’un avait mon bien-être à coeur. Un festival qui avait mon bonheur à coeur. Plutôt de t’dire : “Ça va t’coûter 35$ si veux rentrer pis arrive 2h à l’avance” c’était plutôt : “Rentre parce qu’on est content de t’voir pis veux tu un thé chaï avec un soupçon de lait?”

Le FME est une matante qui est contente de t’voir.

On s’intéresse à la musique jeune . On s’retrouve beaucoup là d’dans. Identity crisis. Mais un jour j’vais avoir des enfants. J’aimerais pouvoir leur faire vivre ma passion d’mélo. Le drama de la musique. La beauté.

Je m’imagine à Osheaga avec un porte bébé et ça marche pas. Juste pour la chaleur je pourrais m’faire arrêter par la DPJ. J’pense que c’est ça que j’ai tellement aimé au FME; c’est un endroit où on peut vieillir avec la musique. C’est possible et même encouragé par le festival. Un père de famille qui chante dans un band de punk hardcore, une énorme table tournante pour que tes jeunes s’étourdissent, une marche de 5 minutes au soleil pour retourner dans un appartement sur le bord d’un lac. Pollué, mais quand même un lac.

À mesure qu’on s’approche du smog, je l’sens en d’dans d’moi que j’m’essouffle. Demain je vais aller travailler en prenant l’métro. Pie IX à Laurier c’est mon chemin. J’me sens épuisée, comme si j’portais du linge sale à la place de ma peau. Tannée que l’monde sourit pas dans le sous-terrain. Écoeurée de m’faire harceler par Greenpeace à la surface. Je r’pense au FME, j’me dit que c’est à ça que j’veux que ma vie ressemble.

J’ai pas d’roots en Abitibi, mais en attendant que la vie grouille en d’dans moi, l’Abitibi sera toujours dans mes égarements. Dans l’flou des arbres.

Vivre après avoir vécu.

*Illustration de Christian Beauchemin 

Abitibi / Montréal - La Bouche Croche - FME