Le FME, c’est plein de concerts mais pas que!

Un texte de Juliette Pierre

Le festival de musique émergente, c’est chouette car on peut siroter de la bière devant de nombreux concerts, au côté d’une foule enjouée. Mais ce qui fait la richesse du FME, c’est également ces évènements parallèles. Hier, les festivaliers pouvaient assister en après-midi aux interventions de représentants de la culture anicinabe au parc Tremoy, ou aller se réchauffer en fin de soirée devant le show surprise de Heartstreets, aux abords de la salle Paramount. Cette belle diversité permet aux étudiants de la maîtrise en création numérique de l’UQAT, de mettre en valeur leurs atouts et leurs créations. Nous avons ainsi eu l’occasion de nous entretenir avec deux étudiants, présentant des projets et performances numériques au cours du festival.

Le premier est dur à louper lorsque l’on déambule aux abords de la scène Desjardins. Il s’agit d’une projection, recouvrant une grande partie de la façade de l’Agora des Arts. Son créateur se nomme Jules Boissiere et est étudiant à l’UQAT. Il a accepté de discuter avec nous de ses inspirations et des contraintes techniques qu’il a rencontré à la réalisation de son projet.

Bonjour Jules, tu es étudiant de seconde année à la maîtrise en création numérique de l’UQAT de Rouyn-Noranda. Tu es également le créateur d’un habillage numérique, présent sur la façade de l’Agora des Arts, durant tout le festival de musiques émergentes. Peux-tu déjà commencer par nous décrire simplement, pour les non-initiés aux créations numériques, ce qu’est une projection mapping ?

On peut également appeler ça une projection volumique, car la projection se déroule sur une surface présentant une certaine profondeur, comme un bâtiment. Le mapping, c’est l’idée de déterminer une zone de projection précise sur le bâtiment.

Pour aller plus loin, peux-tu nous parler de la démarche technique d’un projet d’une telle ampleur ?

Il est d’abord nécessaire de créer du visuel suffisamment intéressant et relié à l’évènement. Dans le cadre du FME, il y avait une double thématique, la culture Anicinabe et le naturel. Ma démarche était de créer des visuels en rapport avec ces thèmes.

J’avais également pour objectif d’introduire de l’interactivité à ma projection. Pour déclencher et changer le visuel sur l’Agora, il faut toucher un arbre, à un endroit précis, en face du bâtiment. C’était dans l’idée d’amener le spectateur à participer.

Le résultat est très convaincant, cependant les dimensions particulières du bâtiment et de la végétation ont-elles apporté des contraintes techniques particulières à ton projet ?

Oui ! L’outil principal du projet est le projecteur. Il est cependant arrivé l’avant-veille du FME. Du coup, il y a eu plusieurs surprises visuelles par rapport à la surface. En fait, je me suis rendu compte à plusieurs reprises que le visuel était coupé et ne recouvrait pas l’entièreté du bâtiment. Il a fallu régler ces problèmes techniques en peu de temps.

Sinon, à propos de la végétation, je trouve que les arbres devant l’Agora donnent un relief assez intéressant aux visuels.

Sous un tout autre angle, il est évident que le thème de ce quinzième FME t’a beaucoup influencé. Qu’as-tu voulu ainsi signifier dans tes visuels et quelles ont été tes inspirations pour les créer ?

La signification des visuels était d’apporter un regard particulier et personnel sur la nature à travers le numérique. Pour moi, le numérique est visuellement aussi vraisemblable que le dessin, ou tout autre technique de représentation visuelle. À ma manière, j’ai représenté des éléments naturels, une éclipse de lune et une figure humaine, la petite fille de l’affiche. À mon sens, les trois vont ensemble, lorsque l’on parle de la nature, on parle autant de forêt que d’humanité.Il y a pleins d’autres inspirations plus ou moins importantes. Un clip m’a particulièrement inspiré pour le volet visuel, il met en image la musique The Road d’ALB.

Karine Berthiaume, la directrice artistique du FME, m’a également bien orienté en me donnant des essais d’affiches, des photos, ect. Il y avait énormément de racines d’arbre. L’idée du corbeau ressortait souvent et le mélange de textures me touchaient particulièrement. Ça a été une belle source d’approvisionnement.

Pour le titre de projet, j’ai discuté avec un Anicinabe, c’est un artiste de la région qui s’appelle Kevin Papatie. Je l’ai contacté pour trouver le nom avec lui. Je lui ai dit que le projet cherchait à représenter quelque chose de caché et que je travaillais sur le regard, du coup on est arrivé ensemble au nom Nikin. Cela signifie « quelque chose qui est à l’abris des yeux » en anicinabe.

À la suite de cette interview, nous avons rencontré Marwan Sekkat, membre de CrocoDealDunil. Il réalise une performance numérique ce soir, avec ses compères du collectif. Il a souhaité nous en dire plus au sein d’une interview, pour nous enseigner l’art du vjing.

Bonjour Marwan, ce soir tu vas faire du vjing sur la 7e rue avec le collectif CrocoDealDunil, peux-tu nous en dire plus sur ce type de performances de plus en plus répandues et les activités de ton collectif ?

Le vjing c’est un peu comme le djing, sauf que la matière première n’est pas de la musique mais des vidéos. Il faut accompagner le dj en réalisant une projection live. Il s’agit de sélectionner les bonnes images et les bons effets, au juste moment.

Le collectif existe depuis un an et a été créé avec Jules Boissiere et Valentin Foch. On fait principalement du vjing, des performances et des installations numériques.

Quels types de connaissances techniques sont nécessaires aux performances de vjing ?

Il faut connaître principalement les techniques de projections vidéos et les logiciels dédiés à ce genre de performances, comme Resolume, que nous utilisons beaucoup avec le collectif. Mais ce sont juste des outils, il faut faire preuve de folie créative pour en tirer le maximum et développer un contenu personnalisé à chaque artiste.

Le temps réel amène certainement son lot de contraintes, quelles sont pour toi les aspects à ne pas négliger pour que le vjing soit de qualité ?

Techniquement, ça demande des ordinateurs assez puissants lorsque l’on commence à ajouter plusieurs vidéos et beaucoup d’effets. Il ne faut pas oublier que l’on est un accompagnement de la musique, il faut être réactif aux moindres drops lancés par le dj.

Ainsi, le vjing nécessite une collaboration avec un dj. Quelle importance a le style musical du dj, ou même ton appréciation personnelle de ses sons ?

Des musiques se prêtent plus ou moins au vjing que d’autres, les chansons bien rythmées comme l’électro ou la techno sont particulièrement efficaces. C’est toujours plus appréciable de faire du vjing sur des musiques que l’on apprécie, mais ça peut être un bon défi de s’attaquer à des styles que l’on connaît moins.

Votre collectif est-il composé d’un ensemble de personnalités fixes ou sa structure varie-t-elle régulièrement ?

Nous sommes composés de trois membres principaux : Jules Boissiere, Valentin Foch et moi-même. Il nous arrive régulièrement d’être rejoint par des collaborateurs pour des soirées vjing ou des projets spécifiques.

 

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