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Histoire de lait

La première édition des Quartiers d’hiver est l’édition dont j’me rappelle le mieux, celle qui est gravée dans ma mémoire (sélective) pour un méchant bout. C’était ma première sortie depuis mon accouchement et surtout, SURTOUT, ma première bière depuis 9 mois. Les 9 mois de sobriété les plus durs de toute ma vie parce que ma grossesse n’a pas été de tout repos. J’aurais voulu boire pour oublier, mais passons. Pas boire pendant 9 mois et recommencer ça en championne avec une Boréale, c’est ben moi. J’étais tellement excitée de mettre mes lèvres sur le goulot et de boire ce ‘’délicieux ‘’ nectar que j’ai dû laisser au moins 5$ de tip à la serveuse du Paramount. Le band Heat venait de commencer leur set et après 3-4 gorgées, j’me sentais déjà un peu feeling. J’avais un p’tit sourire en coin pis j’étais ben fière de montrer aux autres que malgré mes points de sutures assez frais, je marchais comme une championne la tête haute avec un léger déhanchement de bassin. Je prenais des selfies avec mon amie pis je regrettais de pas avoir de selfie stick (mais c’est contre mes valeurs, je ne peux pas). Dans ce temps-là je n’avais pas d’Instagram mais c’est sûr que j’aurais posté genre 100 photos avec comme commentaire I’M ALIVE !!!

Une fois la première Boréale terminée, j’ai dû me rendre aux toilettes parce qu’à ce moment-là, j’avais comme rien entre ce que je buvais et ce que je pissais, c’était comme une ligne directe sans interruption de service. C’est en sortant de la cabine que j’ai remarqué, en me regardant dans le miroir, que J’AVAIS 2 RONDS DE LAIT SUR LES SEINS !!! Mon corps me criait d’allaiter pis moi, je l’ai ignoré. Telle fut alors sa réponse, à grand coup d’humiliation sur mon trop plein de bonheur extérieur. Mon bonheur de vivre s’est transformé en obsession de retourner chez nous pour pleurer. Quand je suis sortie de la salle de bain pour faire face au monde, on dirait que je venais d’enlever mes lunettes spéciales la vie en rose. Chocolat était en train de terminer, je ne voulais pas les manquer alors j’me suis convaincu que personne ne remarquerait les deux gros auréoles de lait qui transperçaient mon chandail… C’est là que j’ai compris l’utilité des genres de p’tit ronds en tissus ben épais que j’avais reçu à mon shower. Mieux vaut tard que jamais !

J’ai quitté après Éléphant Stone, je marchais les bras croisés de toute façon, mais j’me suis rappelé mon feeling après ma première bière, cet état d’esprit de vivre un FME en plein hiver, de regarder les gens autour de moi et de sentir leur fébrilité comme si on avait mis notre vie sur pause et que là, pour 3 petits jours, le FME faisait entrer du soleil dans la chaumière de notre cœur. En tk pour moi c’était ça !

Une fois arrivée à la maison, mon chum allait voir le show de minuit, mon fils pleurait en demande de lait… pis dieu sait que j’en avais bennnn en masse… !

La macarena VS Bernie Sanders

Je considère à 32 ans avoir assez entendu la chanson La macarena pour toute une vie. Il me semble y avoir un décalage passablement inquiétant entre l’intérêt de la pièce et son taux de diffusion outrancier. C’est pas le seul exemple : il en existe des tas de chansons comme ça, à la qualité artistique négligeable qu’on essore à grands coups de partys de bureau pasteurisés. Je ne souhaite pas faire de ce billet une agression dirigée vers tous ces disc-jokeys qui contribuent à pomper de grasses redevances vers des ayants-droits à la richesse déjà indécente. No-non. Ce que je souhaite plutôt, c’est montrer que l’occupation opulente de ce genre de vide bien symétrique dans notre espace culturel nous éteint sournoisement, entrave notre ouverture, alors que l’art pourrait justement nous permettre de nous rassembler, éveiller, témoigner de réalités. Toutes les réalités. Puis, c’pas comme si le Québec pouvait se permettre d’être au-dessus de ça en ce moment.

Ne me lisez pas sur le ton de la condescendance. J’essaie d’utiliser l’étiquette un peu suffisante de « matante » juste quand c’est vraiment mérité et estime que le divertissement léger tient un rôle essentiel dans un monde où l’anesthésie psychologique peut parfois se révéler comme un besoin fondamental. J’adhère à l’idée qu’un petit Meat Loaf bien placé dans un party, ça peut faire exploser le taux de dopamine général. Toutefois, je constate un réel déséquilibre entre l’espace encombré par toutes ces propositions inoffensives, sédatives, qui exhalent la nostalgie d’un passé surestimé, et celle d’une offre audacieuse, contemporaine, avec une réelle substance. Il me semble qu’il y en a beaucoup de temps d’antenne pour des vedettes qui se font deviner un mot collé dans le front. Sans doute autant que ces chaînes de restaurant qui goûtent toutes pareil. C’est rassurant de savoir que tu peux manger le même-même BLT à Beloeil et à Trois-Rivières, han?

Je ne suis pas trop du genre conspirationniste mais des fois, je me dis que ça doit bien arranger quelqu’un cette homogénéisation tranquille, ce conditionnement à ne jamais déranger, à manger sa salade de patates sur un petit YMCA. Ça doit bien servir quelqu’un qu’on s’étouffe la curiosité collective, l’ouverture à l’autre, à l’expérience; Qu’on se marie à l’église les doigts, au dos, croisés pour pas faire de peine à grand-mère; Qu’on parle pas de politique à table pour ne pas heurter la parenté (tout en ignorant les petites blagues tendrement misogynes et racistes qui y passent); Qu’on se garde d’utiliser cette épice venue d’ailleurs pour ne pas effrayer personne au potluk. À force de s’inhiber, à tout vouloir lisser pour fitter le milieu, à taire les dissidents, on l’exacerbe le fossé à pas se comprendre.

« La vision d’hommes blancs de 50 ans est largement sous-représentée » n’a jamais dit personne. Pas de leur faute à eux : C’est l’étouffant paradigme mercantile selon lequel il faut crinquer les cotes d’écoute, pacter les théâtres, décupler les produits dérivés qui fait qu’on s’adresse toujours au plus grand nombre, au Québécois le plus normatif possible. Tu te demandais comment le Caboose band avait fait pour sortir de l’Auberge? Voilà. Si on voulait réellement connaître le monde dans lequel on vit, c’est pas juste au mode de scrutin qu’on devrait appliquer le principe de la proportionnelle… Il me semble évident que la diversité sous toutes ses formes est déficitaire dans l’espace public par rapport à la place qu’elle occupe réellement dans notre monde. Malgré la récente mise en ondes de Barmaids, les minorités font du trou.

Je crois qu’on sous-estime la capacité des gens à voir, comprendre, entendre la différence, la nouveauté, la dissonance. Ils sont capables d’en prendre pas mal plus qu’on leur en donne. Il paraîtrait que ce qu’ils veulent, c’est de voir toujours les mêmes faces (idéalement blanches et bien hydratées), se faire servir toujours les mêmes jokes subtiles comme des extensions de cils cheap, entendre toujours les mêmes chansons de trois minutes et demi avec trois refrains, un bon bridge et une voix mixée ben en avant. Pourtant, étonnamment, ça fait quelques exemples électoraux frappants qui nous démontrent que le fameux « monde », ce qu’il veut, c’est pas juste du réconfort. Ça l’air que le changement, il est capable de le digérer, que les cassettes standardisées, il en est un peu tanné. Je pense même que Bernie, il aurait sans doute pu l’écraser Donald si le monde avait eu confiance dans le monde.

Et l’organisation de Quartiers d’hiver, elle, elle y fait confiance au monde. Elle y croit qu’on peut, à l’extérieur de Montréal de surcroît, être capables de curiosité et venir entendre ça des artistes « émergents » (i.e. qui passent pas à TV) sans auto-tune, sans robe en viande, sans décor incliné à 22.5 degrés. Faisons confiance au peuple. Respectons-le et cessons de l’humilier à le faire danser la macarena. On s’en portera tous mieux.